Bollon, Patrice. "The miracle of the multiplication of punks." L'Écho des Savanes (French), no. 34, Sept./Oct. 1977, pp. 58-62

The miracle of the multiplication of punks

— A substantial French cultural analysis of the punk phenomenon by Patrice Bollon.

— Punk as a reaction, failed dreams of the hippie counterculture, the Sex Pistols' Anarchy in the UK and The Clash's White Riot.

— Punk's relationship with urban decay, describing it as "urban metal"

— Contrasts the spectacle of British punk (Sex Pistols, The Damned, The Clash) with the colder approach of New York acts like Television and The Ramones, and touches on the emerging French scene (Téléphone, Stinky Toys).

French.html  |  English.html  |  PDF


L’Écho des Savanes was a pioneering French adult comics magazine (1972–1983) founded by Claire Bretécher, Marcel Gotlib, and Nikita Mandryka, blending eroticism, satire, counterculture, and avant-garde art, and by the late 1970s incorporating punk-inspired graphics and cultural references alongside its politically charged comics.

L’Écho des Savanes #34 (Sept./Oct. 1977), published by Éditions du Fromage, featured adult/underground comics by Georges Pichard, Martin Veyron, Yves Got, and a punk-era Bazooka collective spread referencing the emerging UK punk scene, coinciding with The Clash’s breakthrough year.



L'ECHO DES SAVANES #34   |  Sept./Oct. 1977  |   Cover


l'écho des savanes 34

Punk?

SPECIAL SERVITUDE



L'ECHO DES SAVANES #34   |  Sept./Oct. 1977  |   Page 58 & Page 59


Certains membres de BAZOOKA se sont expliqués sur la façon dont ils ont illustré l'article. leur déclaration: Voici leur L'auteur a procédé dans son papier à une Csélection des groupes dont il parle. Nous en avons fait autant avec la différence Aide et g l'avons fait au hasard essentielle que lui l'a dé-et que nous l'avons fait - chez nous afin que l'injustice inévita -pas-ne soit le fruit d'une préméditation » José Perfeccion - Lim Novak Jan Cook THE LAST TIME PARANOIA PARADISE "WAYNE COUNTY"


LE MIRACLE DE LA MULTIPLICATION DES PUNKS

The Subway Section

PUNK : quatre lettres qui fleurissent spontanément sur les murs dévastés y du quartier des Halles, quatre lettres qui n'ont pas ' (encore) été apprivoisées, classifiées par les dictionnaires. Mais tout rive en son heure... et voilà ce que l'on pourra peutêtre lire à la rubrique « PUNK » du « Petit Robert » - édition 2000 :

PUNK (punk) n. (1977; de l'anglais punk, argot élisabéthain du XVI siècle: putain; argot new- yorkais du XX siècle : moche, taré, ringard)

1° mus. La troisième génération du Rock : rock dur, hargneux, mené à tombeau ouvert sur- une rythmique binaire implacable. Adj. : se dit de toute musique mécanique, urbaine, synthétique. «Long comme un jour sans PUNK» (A. PACADIS).

2° mode. Panoplie vestimentaire à base exclusivement synthétique : lunettes noires en plastique, blouson de skaï noir, chemise nylon, baskets, etc. Pratique de détournement d'objets courants utilitaires (épingles de nourrice, lames de rasoir, cadenas...) à des fins d'ornementation, de bijoux. «Laprolifération des signes de PUNKtuation a marqué la fin du XX' siècle» (0. TISTE)

3° par extens. (1900) État d'esprit qui magnifie le sordide, le laid le discordant. Attitudes faites de provocations délibérées, d'auto-mutilations et de violences gratuites. V. Zazou, Catastrophisme, Spectacle (société du). ANT. Hippy, Cool, Planant.

A l'origine, appellation revendiquée par quelques groupes américains éphémères, tendant en vain de faire (re)vivre au beau milieu de la vague hippie l'esprit du Swingin'London, le PUNK se développe irrésistiblement... Promu « label », il fait vendre des disques de groupes inconnus. Devenu mode, il réhabilite le port des cheveux courts et des matières synthétiques. Enfin, il s'accompagne d'attitudes (le port de la croix gammée) et de déclarations (Johnny ROTTEN - « le pourri », des Sex Pistols à la TV anglaise) violemment provocatrices, qui lui ouvrent en grand les colonnes des journaux à scandales.

Tout à tour, le PUNK fascine, irrite, inquiète, intrigue... Et chacun y va de son commentaire : punk et chômage pour « Le Point », punk et drogues dures pour Olivenstein, punk et révolte pour « Libération»,... punk révolutionnaire, punk fasciste, punk situationniste,... punk prolos, punk loubards, punk sales-jeunes, punk petits-bourgeois-décadents,...

On pourrait poursuivre ainsi l’inventaire. On peut en rire, mais pas s’en étonner. Car le rock est devenu la grande machine à FANTASMES de nos sociétés... Peut-être même la seule, depuis que le cinéma, rompant avec le « star System », a privilégié la fonction de mise en scène. C'est pourquoi le punk peut nous en apprendre beaucoup : comme un miroir déformant, il nous renvoie un REFLET caricatural des impasses et_, des déséquilibres de notre société, donc des NOTRES




Le retour des barbares.

Mais commençons par le commencement... : le punk, c'est d'abord la « nouvelle vague » du rock. Et pour la rock music, 77 restera l'année des barbares : « Anarchy in the UK » des Sex Pistols, « White Riot » (« Émeute blanche ») des Clash, « Neat, neat, neat» des Damned, «Teenage Dépréssion» des Hot Rods, etc. marquent un retour indéniable à l'énergie primitive du rock'n'roll.

Il faut dire que le rock avait bien besoin de ce coup de fouet... Car il commençait sérieusement à se traîner. Au fil du temps, le rock s’est affiné, enrichi, intellectualisé : débouchant sur des recherches formelles proches de la musique contemporaine. Mais ce qu'il a ainsi gagné en respectabilité, le rock l'a perdu en authenticité : à l'origine musique de révolte et spectacle des frustrations des teena- gers, le rock est devenu progressivement un genre musical à part entière avec ses canons, ses écoles et ses chefs de file. A quelques années d'ici, Zappa jouera à Beaubourg devant un parterre cultivé,

dont les applaudissements discrets ne viendront • plus troubler les solos du Maître. Comment voulez- vous que les kids s’y retrouvent dans cette musique complexe, raffinée, qui multiplie les clins d'œil et les références pour mélomanes avertis (Varèse, Stravinsky, Cage...) ?

Quant à ceux qui n'ont pas changé, ils sont tout simplement vieilli... «Too young to die, too old to rock'n'roll » : à 33 ans, Mick Jagger n'est plus ce qu'il était. Le show est rôdé, les musiciens se sont aguerris, mais plus rien ne passe de la fougue des débuts. Il fallait voir Mick Jagger l'année dernière à Paris se cramponner au micro entre deux morceaux pour reprendre son souffle, massacrant ses paroles les plus révoltées (« Street fightin'man » - « le combattant de rue »), pour comprendre que les Rolling Stones appartiennent DEJA au passé.

Le punk va donc venir à point pour reprendre le projet initial du rock : une musique IMMEDIATE, minimale, reflétant les espoirs et les désillusions de la vie quotidienne - bref, notre blues ou notre REGGAE. « Les noirs ont de sacrés problèmes/ Mais ils n'hésitent pas à se rebeller/ Les blancs vont à l'école/ Où l'on apprend à être dans la norme» (White Riot).

Le punk est avant tout une réaction contre la complexification du rock et sa dégénérescence en genre musical. « On a fait un groupe car, depuis 6 ans, il n'y avait rien de nouveau, de vraiment excitant. Tout était devenu trop technique... et puis, on n'avait pas envie de travailler», explique Steve Jones des Sex Pistols.

Loin de toute recherche musicale, le punk va promouvoir une sorte de « do-it-yourself » rock, re- ven •’t à une expression simpliste, directe, donc plus PROCHE de la vie quotidienne. Ce faisant, il va occuper la place laissée vacante par ces grands groupes des années soixante, qui surent si bien capter les fantasmes de leur génération, tels que les Who ou les Kinks : celle d'un rock du QUOTIDIEN.

Métal urbain

Puisque l'on parle de réalités quotidiennes, il en est bien une qui s'impose, en dépit des rêves écologistes : c'est la ville étouffante et immonde... la VILLE et ses défilés de rues interchangeables... la VILLE et ses solitudes amassées, morcelées, striées par le hurlement à la mort des ambulances et des voitures de police... la VILLE et ses produits : la pollution, les grands ensembles, l'ennui, la violence.

Les titres (Métal Urbain, Asphalt Jungle) et les paroles des groupes punks vont tourner autour de cette réalité:    «Suicide    city» (Doctors of Mad-

ness), « London's burning » (The Clash), « Sat'day night in the city of the dead » (Ultravox)... Mais plus encore peut-être la musique qui, dans sa violence et son agression, donne à entendre les bruits de la ville. Ce déferlement de notes; ce son volontairement «sale»; ce rythme mécanique, inhumain; ces paroles hurlées, contrariées, hâchées par les accords violemment plaqués des guitares : où en trouver le modèle, si ce n'est dans la VILLE? De la même façon que le rock de Detroit (Stooges, MC5, Frost...) renvoyait à l'Usine (Detroit : Motor city), le punk ne peut se comprendre sans faire référence à la MEGALOPOLIS.

C'est que le,punk est une musique foncièrement descriptive, RÉALISTE... Un réalisme qui, dans le meilleur des cas, parvient à une critique radicale de la réalité, par la mise à nu de son absurdité, de son inhumanité. Le punk apparaît alors comme le pendant dans la rock music de l'hyperréalisme en peinture : une description minutieuse, MANIAQUE de la réalité... comme un délire de normalité, qui ouvre sur le grand dérèglement, la folie subversive.

C'est le cas des Sex Pistols qui, par leurs provocations «hénaurmes» exhibent avec CRUAUTÉ les mécanismes de leur (notre) aliénation. Les Sex Pistols, c'est Artaud revisité par Andy Warhol et les New York Doits : «Je suis l'antéchrîst/ je suis un anarchiste/ je ne sais pas ce que je veux/ Mais je sais comment l'obtenir/ Je veux tout anéantir/ Car je veux incarner l'anarchie » (« Anarchy in the UK »)



L'ECHO DES SAVANES #34   |  Sept./Oct. 1977  |   Page 60, 61 & 62


Mais n'atteint pas la démesure qui veut : la plupart des autres groupes punks restent en chemin et ne font que proposer un constat froid et cynique de la réalité (du genre : c'est ainsi et c'est a prendre ou à laisser). C'est le cas des groupes new- yorkais Ramones (par leur misérabilisme et leur banalité volontaire) et Télévision (par leur sérieux et leur froideur, en un mot: leur absence d'HU- MDUR) : c'est alors que la critique régresse à la COMPLAISANCE et tombe dans l’acceptation.

Cette différence va se matérialiser par des jeux de scène, soit mobiles et exhibitionnistes (Dam- ned, Sex Pistols), soit au contraire statiques et intériorisés (Télévision). Un concert de Télévision, ce sont quatre robots qui vous déversent une véritable chape de plomb musicale... Une sorte de Nüremberg rock : messe noire malsaine,destinée à sceller l'allégeance des auditeurs (les esclaves) à la Toute-puissance des musiciens (les Maîtres).

Hâte and War

A y regarder de près, le punk se définit systématiquement « EN CONTRE » par rapport aux valeurs apportées par la contre-culture des années soixante : aux cheveux longs, il oppose les cheveux courts; à la recherche du beau et de l'harmonieux des hippies, la célébration du laid et du discordant : au naturalisme des écologistes, la technologie (« I want to be a machine » chante Ultravox) et le synthétique; à l'espoir révolutionnaire des gauchistes, le nihilisme du « no future» et l'asocialité, etc. On pourrait ainsi allonger la liste à l'infini. «The blank génération» de Richard HELL («enfer») est le disque-manifeste du punk new yorkais. Génération du néant, mais plus encore génération « EN NÉGATIF» (au sens d'un négatif photo) : tel pourrait se définir la génération du punk.

Au slogan angélique des hippies « Peace and Love », le punk réplique par un cynique et désespéré « Hâte and War» (« Guerre et Haine»). C'est un procédé qui avait déjà été utilisé dans la rock music, quand au candide « Let it be » (« Qu'il en soit ainsi ») des Beatles, les Rolling Stones répondirent par le brutal « Let it bleed » (« Que ça saigne ! »). Mais, en l'occurence, pour le punk, cette série d'oppositions est beaucoup plus qu'un jeu : c'est une dénonciation radicale des valeurs introduites par la précédente génération et qui sont devenues les CONFORMISMES d'aujourd'hui.

Car la « marge » a été, pour les plus habiles, un fabuleux moyen de faire carrière : l'ancien militant gauchiste a détrôné les vieux organisateurs; le hippy cool est devenu le « facilitateur » de relations

humaines dont les entreprises avaient besoin ; l'ancien journaliste d'« Actuel», rédacteur au « Monde », etc. On peut crier à la trahison, à la « récupération »... Il n'empêche : la fonction objective de la marge a bien été de renouveler une société en panne d'imagination. Ce qui fait qu'elle a peut- être plus modifié les mentalités que transformé effectivement les choses.

« Ne rêvez plus, regardez la réalité autour de vous»: c'est au fond ce que va dire le punk, en prenant le CONTRE-PIED méthodique des «pieds» hippisants ou soixante-huitards. «Merde love and peace... le rêve n'existe plus, plus de spontanéité, alors on devient la violence. On sera la violence » (Courrier des lecteurs - « Libération »).

Reste que cette critique est trop systématique pour ne pas cacher comme un profond regret que le rêve hippy ne se soit pas réalisé. Le punk, c'est la gueule de bois du réveil d'une nuit d'ivresse, quand la réalité reprend ses droits : comme un remords que les rêves insensés de la veille prennent si brutalement fin.

« La désagrégation, c'est beau »

(Graffiti - Métro Halles)

« Guilty razors » (littéralement : « les rasoirs coupables ») est un groupe punk français. Sa musique est un extraordinaire chaos, d'où émergent par instant des bribes incompréhensibles de mots. Les yeux révulsés, le chanteur arpente la scène comme impuissant à dompter l'auditoire. Puis il mime la pendaison. Voici donc venue l'époque du ROCK CATASTROPHE : Les Damned («damnés») chantent « born to kill » (« né pour tuer ») ; le chanteur de Suicide, groupe punk new yorkais, simule la mutilation sur scène: les Hot RodS présentent sur la pochette de leur disque « Teenage dépréssion» la photo d'un adolescent en train de se brûler la cervelle...

Dès lors, pour la presse, la cause est entendue : le punk ne peut être qu'affaire de violents et le mot sacrilège est lâché : fascisme... Analyse hâtive, car la violence du punk est une violence essentiellement SPECTACULAIRE, très en deçà de la violence essentielle d'un Muddy Waters (écoutez le récent « Hard again » avec Johnny Winter) ou de la révolte absolue d’un Kevin Coyne (« Eastbourne ladies» et « Fat girl » sur l'excellent « in iiving black and white »).

« Dole queue rock» - le rock des files de chô meurs, c'est ainsi que les journalistes anglais ont appelé le punk... Et certainement, la violence spec taculaire du punk a beaucoup à voir avec la «CRISE». Car la crise modifie pronfondément les conditions d’émergence de la parole et donc, de la production musicale.

En développant le chômage, la crise a rejeté des circuits « normaux» d'intégration (le travail, le ma-, riage, etc.) toute une partie de la jeunesse, mais sans lui en offrir d'autres : l'underground est mort, le gauchisme s'essoufle et quant à la société libérale avancée ou au programme commun..., ils ne font guère recette auprès des jeunes.

Pour la « gé nération du néant», l'alternative est simple : le si lence (les étudiants passents leurs examens, les chômeurs se font oublier) ou la violence. Car si lence et violence sont intimement liés : le recours à la violence sanctionne toujours l'échec de la parole (rappelez-vous «Taxi Driver»). Et le punk va être le reflet de cette impossibilité à parler, donc à être des teenagers.

Les provocations, les auto-mutilations (l’épingle de nourrice passée en travers de la joue), les violences gratuites sont autant de CHANTAGES à la reconnaissance des jeunes par la société. N'ayant plus de canaux d'expression à leur disposition, les punks vont utiliser la DÉRISION pour se faire entendre. Ils vont transgresser les tabous les plus in touchables : « La Reine n'est pas un être humain », chante Johnny Rotten au moment des fêtes du Jubilé.

Ils vont s'attaquer aux peurs ancestrales de la société, donc à ses désirs inconscients : c'est le port des insignes nazis ou la célébration du rat, symbole du fascisme (« Rattus Norvegicus des Stranglers» - les étrangleurs). Enfin, ils vont porter au PAROXYSME de leur débilité les idées de Monsieur-tout-le-monde. Laids, les punks le seront (voudront l'être) plus que les journaux à sensation n'auraient jamais OSÉ les imaginer. Au fond,le punk pourrait bien être la traduction anglo- saxonne des «INDIENS MÉTROPOLITAINS» italiens.




Loin de s'opposer à la crise, les punks vont au contraire l'étaler, l'arborer comme une qualité, la pousser à l'absurde. Alors, le punk : complaisance ou subversion ? A vous de juger.

Un punk peut en cacher un autre

Reste qu'il n'y a pas UN mouvement punk, mais DES punks et que toute systématisation serait stupide. Car, dans son imprécision et sa richesse, le mot «PUNK» permet les rapprochements les plus hardis et les plus simplistes.

Parmi les dits «punks», il y a d'abord ceux qui ne demandaient rien à personne (surtout pas qu'on les nomme punks) et qui, par simple coïncidence, ont surgi ou « percé » au moment de l'arrivée de la vague «punk» : c'est le cas de Little Bob Story, le meilleur groupe français avec Magma, et qui opère un retour a la pure tradition du rock'n'roll ; ce sont les Hot Rods, qui ont plus à voir avec Doctor Feel- good (après tout, ils sont originaires de la même ville : Southend) qu'avec les Sex Pistols; ou encore les Saints, groupe australien qui fabrique un rock carré, «viril», un rock pour accompagner ies cuites à la bière dans les bars de Brisbane.

Il y a aussi, comme toujours, les petits filous, qui ne retiennent du punk que le label qui leur permettra une promotion plus rapide. C'est le cas des Doctors of Madness (« Docteurs de la folie ») ou d'Ultravox, deux avatars du «décadent», qui produisent une musique élaborée, accompagnée de textes volontairement «poétiques». Le résultat n'est pas toujours à la hauteur de l'ambition. Mais ces deux groupes sont certainement les plus au point musicalement (écoutez le violon électrique d'Urban Blitz des Doctors of Madness sur « Fig- ments of Emancipation »).

Enfin, si l'on prend les « vrais » punks, là encore les différences sont grandes :

Le mouvement londonien est sans conteste le plus vivant. Et l’explosion «punk» n'est pas sans rappeler celle du Swingin'London des années 66- 67. Là, il y en a pour tous les goûts : le punk y est dérisoire (Sex Pistols), « engagé » (The Clash), grand-guignolesque (The Damned), nostalgique (The Jam), etc.

Le punk français, quant à lui, est plus modéré et correspond à l'émergence d'une véritable musique rock française. Téléphone, Shakin'street, les lou's, Stinky Toys, etc., réalisent ce que n'avaient pu faire les Frenchies il y a deux ans : l'accomodation du rock en France. Mais le punk ne se limite pas à la musique : certaines bédés (Bazooka, notamment) représentent assez bien ce courant.

Quant au punk américain, il est très mécanique à New York, mais plus novateur à Cleveland. A noter deux grandes réussites : Mink Deville et sa guitare recouverte de peau de léopard (écoutez « Cadillac Walk» ça vaut le détour) et, surtout, Père Ubu de Cleveland (c'est pas des Français, mais c'est un bel hommage à Alfred Jarry, le Grand Ancêtre) avec un morceau fantastique : « Final Solution »... Profitons-en pour mettre le PUNK final à cet article (C'est le punk final, groupons-nous...).

Patrice Bollon.



L'ECHO DES SAVANES   |  #34 1977